Découvrez le témoignage de Rachel Leitner, enseignante en dispositif UIis au collège Marcel Pagnol dans l’académie de Strasbourg.
Formée à l’outil LISA depuis l’année scolaire 2024-2025, Rachel utilise LISA au quotidien dans sa classe. Elle nous fait part dans cet entretien de la manière dont LISA s'intègre à sa pratique enseignante et impacte ses élèves.

En fait, cela fait deux ans que j'utilise la plateforme LISA. J’ai commencé à l’utiliser parce que mon chef d'établissement m'en avait parlé en tout début de rentrée scolaire, l'année dernière [2024-2025]. Quand il m'a présenté LISA, son caractère novateur et expérimental et le fait que d’autres collèges en France y participent, cela m’a intéressé. C’est le fait de participer à cette expérimentation novatrice qui m'attirait.
Je n'ai pas été déçue ! Nous avons eu une formation en présentiel au collège et nos élèves étaient déjà renseignés sur la plateforme, et j’avais donc pu réaliser une première évaluation en amont. En tant que coordinatrice d’Ulis, c'est très important d'avoir la possibilité d’observer notre élève dans sa globalité pour avoir un profil complet.
J'avais déjà bien pris connaissance de la plateforme avant la formation. Le fait d'avoir des personnes en face de nous lors de la formation qui pouvaient répondre à nos questions et avec qui j’ai pu échanger, a été très intéressant. Cela m’a notamment donné envie de le partager auprès de mes collègues au collège.
Je suis coordonnatrice Ulis en collège depuis 10 ans maintenant. C'est un métier que je commence à maîtriser.
Il vrai qu'en tant que coordonnatrice d'Ulis, j'ai 12 élèves, je les vois tous les jours. Je les aide pour certains 4 heures, voire 5 heures par jour, donc j'arrive bien à les cerner, et je peux très bien voir leur évolution.
En dispositif Ulis c'est très important de connaître le profil de ses élèves du point de vue des compétences psychosociales. Ce sont des élèves qui fonctionnent à l’affect. Une fois qu'on a bien cerné leur profil, on arrive à vraiment les faire évoluer positivement.
Les élèves en dispositif Ulis ont souvent été diagnostiqués assez tôt à l'école. Ils ont, pour la plupart, été pris en charge dans des structures qui prenaient en compte leurs besoins particuliers où ils étaient encouragés et valorisés. Bien sûr, il y a toujours des exceptions. Mais, pour la majorité de mes élèves, ils n'ont jamais développé de sentiments de frustration, voire d'estime de soi complètement en berne, par comparaison à d’autres élèves en contexte scolaire traditionnel. Par exemple, j’ai certains élèves qui ont été jusqu'en CM2 dans un milieu scolaire inadapté à leurs besoins. Et ils arrivent en sixième en dispositif Ulis avec ce passif-là. Il nous faut alors beaucoup de travail et de patience pour les aider à se sentir mieux et leur permettre ainsi de rentrer dans les apprentissages.
Dans certains collèges qui sont implantés dans des zones socialement défavorisées, j'ai eu des élèves avec des troubles dûs au fait qu'on ne se soit pas assez occupé d'eux quand ils étaient petits. On pourrait appeler cela du handicap social : des enfants qui ont été maltraités, qui n'ont pas été stimulés, qui ont des parents qui n'arrivaient pas ou qui ne savaient pas s'occuper d'eux.
Dans d’autres collèges, il y a plutôt des profils d’élèves avec des troubles du spectre autistique (TSA) et d’autres qui présentent des troubles dys importants qui ne leur permettent pas d’accéder aux acquisitions attendues pour leur classe d’âge. Cette année, j'ai beaucoup d' élèves qui sont atteints de troubles dys, de type dyslexie ou dyscalculie, mais également des profils avec des TSA.
La plupart de mes élèves ne sont pas dans la déficience mais leurs troubles sont tellement importants que ça les empêche de pouvoir suivre une scolarité ordinaire au même rythme que les autres. Un trouble dys n’est pas une maladie, c’est un trouble du neurodéveloppement et l’enfant va devoir faire avec toute sa vie.
C'est donc normal que ces élèves mettent plus de temps à lire, à réfléchir, à s’exprimer et que ça les fatigue davantage. Et quand on arrive à leur expliquer ça, ils se rendent compte qu'en fait, oui, ils sont intelligents, et que ce trouble-là, il va falloir l’apprivoiser.
Je leur apprends à déjouer, à trouver des compensations, elles peuvent être matérielles mais également techniques. Je leur donne par exemple leur lecture avant les autres afin qu’ils aient le temps de la lire et de le relire à leur rythme.
Et quand vient leur tour de lire à l’oral, ils ont déjà tellement étudié le texte qu’ils l'ont mémorisé. Ils arrivent donc à le lire de manière plus fluide. Et là, ils sont heureux et ils se rendent compte de leurs capacités. Et c’est justement pour cela que je me sers beaucoup de LISA. Il y a des actions qui sont super dans ce genre de cas.
Une fois le profil de mes élèves complété, je consulte mon plan d’action pour la classe et je recherche les dénominateurs communs, soit les actions qui vont aider le plus d’élèves.
En utilisant Lisapedia, j'ai tapé un mot-clé et je suis tombée sur plein d'actions. Je cherchais en particulier une action pour remédier à la rigidité intellectuelle de certains de mes élèves. Et j'ai trouvé des actions qui permettent d'encourager une certaine flexibilité et de développer l’adaptabilité. J'ai trouvé beaucoup d'actions hyper intéressantes.
En fait, c'est à nous, les enseignants, de faire nos choix, de faire le tri et de chercher les actions qui peuvent le mieux correspondre à nos élèves. Il y a bien sûr certaines actions que je ne peux pas utiliser pour ma classe. Donc je fais une sélection.
Grâce à la formation en présentiel, j’ai été quelque part “ déculpabilisée” dans la complétion du questionnaire. On nous avait expliqué que c'était à nous de chercher ce qui se rapprochait le plus de notre élève. Et en fait, c'est comme ça que je travaille. On ne peut pas cerner le profil de chacun de nos élèves. C’est vrai qu’on peut, en tant qu’enseignant passer du temps à réfléchir, en se demandant si l’on a bien complété le questionnaire. Mais en fait, je crois qu'il faut suivre son instinct. Avec le deuxième semestre qui commence, je vais refaire une évaluation de mes élèves pour affiner ce que j’ai fait. Et je suis sûre que pour certains de mes élèves, je vais constater des progrès.
C'est vrai que personnellement, LISA m'aide aussi parce que j'adore le vocabulaire qui est utilisé. Il est un peu différent du vocabulaire qu'on nous apprend lors de nos formations. On sent qu'il y a une ouverture plus scientifique. Et je crois que c'est le fait de croiser justement les regards qui fait que ça enrichit en fait ma pratique.
Une fois le profil d'un de mes élèves établi, j’accède a un bilan. Et j’apprécie beaucoup le vocabulaire qui est utilisé pour décrire les différents items, il est à la fois scientifique et pédagogique. Le questionnaire est conçu de manière systématique et structurée, ce qui me permet d’avoir un autre regard sur mon élève et de prendre du recul.
Les idées et le vocabulaire de LISA m’aident à remplir les Gevasco mais aussi à réaliser le PPI de chacun de mes élèves ou encore à compléter leurs bulletins semestriels. Cela renforce ma pratique. Et le croisement des différents regards proposé par LISA est super enrichissant.
Quand je suis en réunion de synthèse avec les professeurs d'inclusion, dans mon vocabulaire, dans ma façon de parler, je parle maintenant davantage des compétences psychosociales de mes élèves. Avant, je restais plus à ce qu'ils faisaient en classe, à leur travail.
Et maintenant, en fait, je crois que je commence même par ça. Vraiment, je parle de la façon dont chaque élève fonctionne. Et du coup, ça donne un autre éclairage. Et je vois que les professeurs, en fait, apprécient beaucoup.
Avant, j'avais une élève qui avait vraiment une estime de soi complètement en berne. Elle en déprimait. Elle disait se trouver nulle, pas belle. Elle déprimait terriblement et la maman ne savait plus quoi faire.
Dans Lisa, j'avais trouvé une idée où il fallait fabriquer avec elle un . J'avais adoré l'idée. Nous avons donc créé un cahier de réussite juste pour elle.
J'ai demandé à la maman de me fournir un carnet de type journal intime. Comme elle adorait les mangas, nous avons cherché ensemble des illustrations : des filles en manga, des chats en manga, enfin, tout ce qu'elle aimait bien. Et nous avons décoré ce carnet.
Tous les jours, nous nous sommes astreintes à chercher une réussite avec elle. A chaque fois qu'elle réussissait quelque chose, on l'écrivait, on le dessinait, on mettait une photo dans ce carnet.
Par exemple, je me souviens qu'elle avait beaucoup de mal à aller en sport parce qu'elle s'inquiétait beaucoup du regard des autres. Elle ne voulait pas se mettre en avant. Elle ne voulait pas que les autres la regardent quand elle pratiquait. Elle restait donc assise pendant le cours et il était difficile de la solliciter. Un jour elle réussit à faire l'échauffement avec les autres. C'était donc une belle avancée ! Cette avancée-là et toutes celles qu’il y a eu par après, nous les avons consignées dans le carnet.
Et voilà, tous les jours, elle avait une réussite. Cela pouvait être un travail qu'elle finissait à temps, un événement positif qui lui arrivait, une bonne note. Ça pouvait être beaucoup de choses différentes. C'était vraiment parfois des détails.
Elle ramenait le cahier à la maison le soir et pouvait le montrer à sa maman. Et je disais à la maman qu'à chaque fois qu'elle réussissait quelque chose à la maison, il fallait le consigner également. J’expliquais aussi à cette élève que le soir, quand elle avait un coup de blues, elle pouvait relire son carnet histoire d’avoir du baume au cœur.
Cette élève est toujours en classe avec moi. C'est une petite action qui a contribué au fait qu'elle aille de mieux en mieux. Et maintenant, elle arrive à sourire, elle s’ouvre aux autres. Elle parle et se projette dans le futur, dans son avenir professionnel. Alors, ce n’est peut-être pas dû au cahier de réussite mais une chose est sûre, le carnet y a contribué.